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Montbéliard
Magazine - N°72 - Mars-Avril 2007
Montbéliard, Territoire à Grande Vitesse
Le TGV arrive bientôt, très bientôt,
modifiant sur son passage la géographie des régions qu’il dessert.
À Montbéliard, on se prépare aux changements. La course contre
la montre a commencé.

La LGV Rhin-Rhône : actuellement le
plus grand chantier de France.
En 2011, l’Aire urbaine sera
connectée au réseau
européen à grande vitesse. |
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Pour Grégory Delattre :
“L’objectif est de
positionner
le Pays
de Montbéliard
à 15 minutes
de la gare TGV.” |
En 2012, la gare TGV de Belfort-Montbéliard
ne sera plus qu’à 2h20 de Paris, à 50 minutes
de Dijon et seulement 20 minutes de
Besançon et Mulhouse. La grande vitesse
raccourcit fortement les distances qui séparent les
territoires. Il s’agit d’un réel bouleversement, dont
personne cependant ne mesure réellement l’ampleur.
Comment se prépare-t-on à accueillir les premières
rames ? Comment s’approprier au mieux ce formidable
outil ? Quelle sera son incidence sur le développement
de notre territoire, sur l’emploi ? Les réponses
sont multiples et ne sont pas toujours faciles à cerner.
Plusieurs enjeux se dessinent autour de l’arrivée du
TGV Rhin-Rhône, le premier d’ailleurs “province-province”.
Il faudra d’abord rendre accessible au plus
grand nombre ce nouveau moyen de transport. Des aménagements parfois considérables sont envisagés
pour que l’ensemble de la population ait accès “au
gain de temps” que procure la ligne à grande vitesse
(LGV). C’est vrai pour les Francs-Comtois en général.
Mais ça l’est en particulier pour les Montbéliardais,
les Belfortains et toute la population de l’Aire
urbaine. Comment irriguer l’ensemble du territoire
à partir des gares TGV ? Plusieurs pistes existent. Pour
le Nord Franche-Comté, il y a les infrastructures
actuelles, A 36, RN 19, réseaux de transports urbains,
TER…, dont la plupart sont à même de répondre au
problème posé, du moins en partie. Car en l’espèce,
il ne suffit pas de partir à temps, il faut aussi courir
vite. Pour Grégory Delattre, chargé d’études transports
à l’Agence de développement et d’urbanisme
(ADU) du Pays de Montbéliard, il faut donc placer
l’agglomération à 15 minutes de la gare TGV de
Meroux.
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Foudil Teguia, directeur du Syndicat Mixte de l'Aire Urbaine. |
1,1 million de voyageurs. Si l’autoroute répond
en grande partie aux besoins de la population, elle
ne peut pas être l’unique solution. Avec 1,1 million
de voyageurs prévus par an en gare de Belfort-Montbéliard,
dès l’ouverture de la ligne, le réseau routier
risque l’asphyxie. De plus tout le monde ne possède
pas un véhicule personnel et le TER dans sa
configuration actuelle ne répercute pas suffisamment
“le gain de temps”. Ceci en raison du passage obligé
par Belfort. Mais “nous sommes prêts, assure Pascal
Delisle, directeur adjoint des services techniques à
la Communauté d’agglomération du Pays de Montbéliard
(CAPM). Il nous suffirait par exemple de
mettre en place une ligne de bus régulière au départ
de quelques villes de l’agglomération.” Une solution qui, au regard du nombre de passagers à transporter
quotidiennement, semble suffisante. En effet,
seuls 10 % des 3 000 à 5 000 voyageurs quotidiens
de la gare TGV auraient recours au transport en commun.
La réalisation d’une voie spéciale entre Montbéliard
et Belfort via la gare TGV n’est cependant
pas exclue. Elle pourrait même prendre l’aspect d’une
voie automatisée dans le cadre du pôle de compétitivité
automobile et de la réflexion menée autour
des transports intelligents. Toutefois, “un tel investissement
n’a de sens que si l’on construit de la ville
autour”, poursuit Pascal Delisle. La présence du nouveau plateau technique de l’hôpital, de l’université,
la proximité de zones d’activité en devenir, comme
Technoland II, pèsent en faveur de ce nouvel axe
structurant, c’est certain. Mais quelle forme prendra-
t-il, personne ne peut encore le dire avec certitude.
La Région pour sa part fait valoir ses efforts
en matière de transports en commun, notamment
avec les TER. Mais pour la plupart des décideurs, plus
que le raccordement à la gare, c’est l’accompagnement
du TGV qui est important. Il y a là une formidable
opportunité qu’il ne faudra pas manquer. “Le
train à grande vitesse est un accélérateur du développement économique”, selon Foudil Teguia, directeur
du Syndicat mixte de l’Aire urbaine (SMAU).

Le TGV accroît aussi la concurrence. Mais attention,
il peut aussi vider un territoire. Les élus, toutes
tendances confondues, l’ont bien compris. Car en compressant
les distances, le TGV accroît aussi la concurrence
entre les différents pôles d’attraction.
À 20 minutes de Besançon et de Mulhouse, à
50 minutes de Dijon – “Imaginez ! C’est à l’échelle des
transports urbains !” – tous les scénarii sont possibles.
Pour capter le flux des voyageurs, les collectivités avancent donc de nombreux projets. L’avènement de l’espace
central autour de Sévenans n’est pas le fruit du hasard.
Il existe bel et bien une communauté de vie et de destin
entre Belfort, Montbéliard, Héricourt et Delle, qu’il
faut entretenir et développer. Le TGV, la RN 19, l’A 36 y
contribueront. Les élus cherchent ainsi à restructurer
notre territoire autour de ces nouvelles infrastructures
de transport. Des projets comme la création de la ZAC
de la gare TGV, la boucle à haut débit, la télévision locale,
la construction du grand équipement aux Gros Pierrons,
l’ouverture de Technoland II ou encore l’extension du
Parc de Près-la-Rose vont dans ce sens. L’anticipation
et l’accompagnement en matière de développement
sont les clés de la réussite. Marc Svetchine,
directeur régional de Réseau Ferré de France (RFF),
le confirme : “La LGV Rhin-Rhône n’est qu’un outil.
C’est aux acteurs locaux de s’en saisir pour en faire
un véritable levier du développement territorial.” La
Région se félicite du nouveau positionnement de la
Franche-Comté sur le réseau à grande vitesse européen.
Au-delà des lignes directes avec Paris, Lyon
ou Marseille, la gare de Belfort-Montbéliard devrait
assurer des liaisons avec des villes plus à l’Est, comme
Bâle, Zurich et Francfort.
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Une première esquisse de ce que pourrait être
la future gare TGV
de Belfort-Montbéliard à Meroux. |
Un nouvel atout pour les entreprises. “Avec
la LGV et la mise à deux fois deux voies de la RN 19
entre Langres et Sévenans, l’Aire urbaine, qui n‘était
qu’un couloir Nord-Sud, s’ouvre aux échanges Est-
Ouest”, explique Foudil Teguia. Tous les représentants
du monde économique s’accordent à dire que
c’est un nouvel atout pour les entreprises de la
région. “Le TGV est une belle machine, mais ce qui
prime avant tout, c’est de pouvoir donner du travail
à nos gens. En favorisant les échanges, la LGV devrait
faciliter la création de nouveaux emplois”, précise
Louis Souvet, sénateur-maire et président de la
CAPM. C’est l’enjeu ultime. L’objectif bien compris
est de tirer parti au mieux de l’infrastructure, tout
en sachant que les autres villes feront de même.
Selon le directeur du SMAU, il n’y a aucune raison
pour que le Pays de Montbéliard rate le train de la
grande vitesse. “L’Aire urbaine a toujours su anticiper
les changements. Nous sommes encore l’une des
rares régions de France à avoir conservé notre caractère
industriel, malgré toutes les mutations auxquelles
nous avons été confrontés. Nous saurons profiter de
l’arrivée du TGV et de son ballon d’oxygène.” Voilà
des questions qui n’ont pas fini de faire plancher les
ingénieurs territoriaux et les bureaux d’études.
Le TGV va radicalement transformer nos rapports avec les régions voisines. Le marché de l’immobilier subira
certainement des modifications. Les professionnels
s’y préparent. L’Aire urbaine possède en effet, un
cadre de vie exceptionnel, à faire envie aux citadins
en mal de verdure et d’air pur. Ils profiteraient à la
fois d’un accès direct aux grandes métropoles et d’un
environnement agréable. Le développement du télétravail
pourrait être un facteur déclencheur. D’où l’intérêt
de bénéficier aussi d’un réseau à très haut débit
à l’échelle de l’Aire urbaine. Il faut bien sûr ajouter
à tout cela la dimension touristique. Une des caractéristiques
déjà observées du TGV est de dynamiser
le tourisme de courte durée. Montbéliard, avec son
patrimoine mais aussi ses grands événements, en
tirera profit sans aucun doute.
C’est donc bien un bouleversement qui nous attend,
même si les contours sont encore imprécis. Mais une
chose est certaine, l’avenir de Montbéliard et de l’Aire
urbaine se dessine déjà à grande vitesse !
LAURENT LABYDOIRE
Question à Marc Svetchine
Directeur régional de Réseau Ferré de France
Est-il juste de fonder autant d’espoirs sur le TGV pour développer
l’emploi local ?
Oui et non. Oui, parce que l’arrivée du train à grande vitesse dans une
région est toujours facteur de développement. Les échanges sont plus
rapides, plus faciles, en liaison directe avec les grands centres.
L’économie locale en profite forcément. Je réponds positivement parce que
la seule réalisation de la branche Est de la ligne à grande vitesse Rhin-Rhône, celle qui
nous concerne donc, mobilisera 6 000 emplois, dont 2 000 emplois indirects.
Elle représente un investissement de 2,3 milliards d’euros. Mais je dis non aussi,
parce que le TGV n’est qu’un outil. Il appartient aux acteurs locaux, les pouvoirs
publics en tête, de définir les stratégies d’accompagnement pour que l’arrivée
du TGV soit effectivement un progrès au sens économique et social du terme.
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